À la Mécanique générale

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Masculinités, l’exposition majeure des Rencontres de la photographie d’Arles à la Mécanique générale, met en jeu les codes du masculin et ce qui leur échappe, des années 1960 à nos jours. Elle offre au visiteur un parcours insolite aux multiples facettes, un chamboulement propice à l’étude de la norme mâle.

À travers trois-cents œuvres, une cinquantaine de photographes et de réalisateurs internationaux examinent en abolissant les frontières, les représentations de la masculinité à travers diverses séries : les soldats et la guerre, la famille, l’identité trans, les politiques raciales, la religion, etc., mettant en exergue la complexité de l’homme dont le rapport au phallus cache d’extravagantes contradictions.

En cheminant d’une œuvre à l’autre, trois rencontres avec trois photographes de renom et de génération différente m’ont interpellée par la présentation du mystère du corps parlant qui y est au premier plan. Ces photos des plus expressives bouleversent les normes de la virilité. Elles permettent au spectateur de saisir ce que Lacan enseigne par la voie des nœuds que « la jouissance phallique [est] hors-corps » [1] et que « la jouissance de l’Autre est hors-langage » [2].

Une photo couleur fascinante accroche le regard, elle fait partie d’une série de portraits de soldats talibans posant secrètement dans l’arrière-salle d’un studio et collectée par le photographe Thomas Dworzak lors de sa couverture de la chute du régime taliban en 2002. Elle renverse l’interprétation des règles bannissant la photographie des mammifères et bien au-delà les codes de la puissance virile du soldat. Ce portrait présente deux jeunes talibans féminisés par leurs yeux cernés de khôl soulignant leur regard extatique et par leur turban flottant à la manière d’une coiffe féminine. Doigts entrecroisés, ils se donnent la main.

Loin des clichés, toute en nuances, la série de photos de John Coplans subvertit l’archétype de l’homme normal au corps parfait, jeune et lisse avec des bouts de corps décrépi de l’artiste qui se représente sans pudeur, tel que l’âge l’a transformé.

En préambule, une première exposition d’une série d’une trentaine de photos de bandes de garçons à l’affût de quelques expédients, réalisées dans le quartier Barbès par la photographe Clarisse Hahn sous le titre Princes de la rue démonte, en se concentrant sur l’intensité de leur regard, les stéréotypes genrés, telle une invitation à nous laisser guider vers les photographies de la virilité égratignée de l’exposition Masculinités La libération par la photographie.

Au-delà de l’identification à faire l’homme, à être fort, une certaine lascivité se lit sur les corps de chacune des œuvres mettant à mal les normes de la force masculine et de la différence des sexes.

[1] Lacan J., « La Troisième », La Cause du désir, n° 79, octobre 2011, p. 29.
[2] Ibid., p. 31.