Aimer son inconscient… ou pire

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Aime-t-on spontanément son inconscient ? La formidable découverte de Freud s’est banalisée au point que le mot est presque vide de sens. C’est souvent à la suite d’un certain nombre de séances qu’un sujet qui souffre peut vérifier qu’il a accès à « l’Autre scène ». Les patients qui viennent voir un « psy » le font la plupart de temps non pas parce qu’ils connaissent la méthode psychanalytique mais parce qu’ils souffrent et qu’ils veulent guérir.

Lacan n’a jamais méprisé l’effet thérapeutique qui résulte d’une interprétation, d’un dire qui résonne dans le corps. Mais il met en garde (comme le faisait Freud) contre la furor sanandi. Dans un premier temps, il situe l’inconscient entre le S1 et le S2 de la chaîne signifiante : au lieu de cette place vide qui se dévoile soudain et où il inscrit le -φ et le petit a qui, lui aussi, a couleur de vide.

Il ne faut pas se tromper quand nous lisons, bien plus tard dans son enseignement, le premier chapitre du Séminaire XIX, …Ou pire : « Ces trois points, nous dit-il à propos du titre, se réfèrent à l’usage ordinaire des textes imprimés, pour marquer et faire une place vide »[1]. Ils sont donc une écriture de la lettre qui n’a pas de référent et qui renvoie au trou que Freud nommait Urverdrangung. Rien à voir, donc, avec le moi fort de l’Ego Psychology qui revient tel un zombie.

Faire pire, c’est ne rien vouloir en savoir : Lacan témoignait de l’effort constant que lui demandait la lutte contre son propre « ne rien vouloir savoir » du savoir inconscient, qui n’est pas la connaissance mais qui détermine pourtant pour chaque être humain son programme de jouissance. Faire pire, c’est le déni de l’inconscient, celui qui rôde sous les formes variées de l’autonomie du sujet et qui mine le lien social.


[1] Lacan J., Le Séminaire, livre XIX, …Ou pire, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2011, p. 11.