Consentir au pas-tout

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LOM qui lit revient en cette rentrée de septembre pour vous présenter deux ouvrages : Mode de jouir au féminin de Marie-Hélène Brousse et le numéro de la revue Ornicar ? intitulé Consentir. Pour introduire à leur lecture, posons la question : le discours de l’analyste implique-t-il de consentir au pas-tout ?

En effet, « c’est du pas-tout que relève l’analyste » [1], nous dit Lacan dans « L’Étourdit ». Si le consentement du sujet au pas-tout ne garantit pas qu’il y ait de l’analyste, c’est en revanche une condition pour l’émergence de son discours. Lacan construit ledit pas-tout en opposition au « tout » phallique, celui qui « norme-mâle », celui qui ordonne à la condition d’ignorer sa vérité d’être divisé.

Mais alors, s’il lui faut y consentir, le pas-tout serait-il, pour l’analyste, un mot d’ordre ? « Le mot consentement vient là où il y a lieu de formuler un oui au signifiant-maitre » [2], nous indique en effet Jacques-Alain Miller. Justement, la construction logique de ce multiple qui objecte à l’ensemble rend impossible de faire du pas-tout un signifiant « pour tous ». Lacan formule ce quanteur du « pour pas tout x », afin d’indexer les places où la variable « x », qui désigne le sujet à la jouissance phallique, rencontre un vide dans l’ordre du dire. Autrement dit : dans le régime du pas-tout, impossible de consentir – même à ce qu’on nous éclaire. Dans le régime du pas-tout, l’exception c’est le vide, celui de L̸a femme. Dans ce régime, la règle manque à pouvoir s’écrire en tout. Elle ne cesse pas de ne pas toute s’écrire – ce qui s’entend dans les difficultés pour le sujet contemporain à situer dans l’Autre son consentement et dans la profusion des signifiants-maîtres que connaît l’époque de la multitude, celle des Uns-tout-seuls.

Alors quel espoir loger dans le discours analytique ? Pas celui de se passer du signifiant-maître. Mais plutôt celui d’apprendre à s’en servir pour que « ça rate […] de la bonne façon » [3]. Soit ce que Lacan nous proposait en 1972 à Milan : « Ce qu’il faudrait, c’est arriver à ce que le discours du maître soit un peu moins primaire, et pour tout dire un peu moins con. » [4] Cela suppose a minima de prendre la norme-mâle à rebrousse-poil – jusqu’à ce point où son rebroussement rend caduque sa consistance imaginaire et laisse au sujet la chance de son dire.

C’est à ce trajet que nous invitent les deux ouvrages présentés par Mélanie Coustel et Pénélope Fay.

[1] Lacan J., « L’Étourdit », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 308.
[2] Miller J.-A., « La cause et l’effet en psychanalyse », Ornicar ?, n°56, octobre 2020, p. 13.
[3] Miller, J.-A., « Lieu Alpha » dans Chérel M. (dir.), Être parents au 21e siècle, Paris, Edition Michèle, 2018, p. 30.
[4] Lacan J., « Discours de Jacques Lacan à l’Université de Milan le 12 mai 1972 », paru dans l’ouvrage bilingue Lacan in Italia 1953-1978. En Italie Lacan, Milan, La Salamandra, 1978, p. 47.