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Déranger la défense

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L’expression de Lacan « déranger la défense » indique comment l’analyste opère dans l’interprétation. C’est la fin de son enseignement (années 1970-1980), qui donne à cette expression son poids en situant le bougé conceptuel nouveau. Ainsi les formulations tirées de « L’insu que sait de l’une-bévue s’aile à mourre » : « on parle tout seul, parce qu’on ne dit jamais qu’une seule et même chose, sauf si on s’ouvre à dialoguer avec un psychanalyste. Il n’y a pas moyen de faire autrement que de recevoir d’un psychanalyste ce quelque chose qui en somme dérange, d’où sa défense et tout ce qu’on élucubre sur les prétendues résistances[1] ».

Cette expression ne prend sa valeur clinique que si elle est mise en tension avec une autre, antérieure dans son enseignement : « interpréter le refoulement ». Interpréter les signifiants refoulés présuppose l’inconscient structuré comme un langage – l’Autre comme discours est préalable. Dans ce cas, interpréter se fait, in fine, au Nom-du-Père. Cette clinique a une limite : le Nom-du-Père vient boucher ce trou dans l’Autre où se loge l’impossible du rapport sexuel – le trou réel du non-rapport n’est pas serré. Pour qu’il le soit, il faut un aggiornamento que Lacan promeut : le Père de la Loi est dévalorisé, réduit à n’être qu’une suppléance d’un trou, soit un sinthome. Jacques-Alain Miller, dans son texte « Le réel au XXIe siècle », en tire une conséquence : « Mais au XXIe siècle il s’agit, pour la psychanalyse, d’explorer une autre dimension : celle de la défense contre le réel sans loi et hors sens. […] L’inconscient lacanien, celui du dernier Lacan, est au niveau du réel, […] notre clinique devra se centrer sur le démontage de la défense, désordonner la défense contre le réel. » Le désir de l’analyste devient désormais « un désir d’atteindre au réel, de réduire l’Autre à son réel et de le libérer du sens[2] ». Ainsi va le passage du premier Lacan au second, du symbolique au réel, de l’Autre signifiant à l’Autre troué.


[1] Lacan J., Le Séminaire, livre XXIV, « L’insu que sait de l’une-bévue s’aile à mourre », leçon du 11 janvier 1977, inédit.
[2] Miller J.-A., « Le réel au XXIe siècle. Présentation du thème du IXe Congrès de l’AMP », La Cause du désir, no 82, octobre 2012, p. 94.

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