Faire exister l’inconscient

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Faire exister l’inconscient est au centre de l’expérience analytique. Les sujets contemporains nient le plus souvent l’inconscient, et même plus le dénient, jusqu’à en oublier son existence. Il s’immisce pourtant dans la parole et dans ce que le sujet veut dire, il oriente sa vie et son désir.

Il n’est pas aisé de faire surgir l’inconscient dans l’accompagnement du sujet qui s’adresse à l’analyste, le plus souvent avec la demande d’effets thérapeutiques rapides, d’un diagnostic, ou en affirmant une identité. Il faut une manœuvre de l’analyste pour faire entrevoir et faire exister l’inconscient. Celui-ci se crée à condition de consentir à ce que, dans ce que je dis, je ne suis pas ce que je dis, et donc je ne sais pas ce que je dis. Dans ce que je dis se cache un dire à appréhender. Donner la possibilité de parole via l’association libre ne suffit pas, il y faut l’intervention de l’analyste. Son acte d’interprétation peut prendre différentes formes pour que, dans ce qui se dit, un au-delà se fasse entendre : mettre l’accent sur un signifiant, relever l’achoppement d’un autre, couper et scander la séance, s’abstenir, par le silence, d’ajouter du sens… C’est ce qui permet l’installation du transfert.

Certains ne répondent pas à cette mobilisation de l’inconscient, indiquait récemment Jacques-Alain Miller [1]. Le « Je suis ce que je dis » a alors toute sa place. Ils viennent pourtant interroger l’analyste et solliciter un accompagnement. La cure prend alors une autre tournure, celle d’alléger la dimension jouissive ou surmoïque du « je suis ce que je dis » dans son rapport à l’Autre, de soutenir une identification… et bien d’autres solutions que peut apporter la rencontre singulière bordant la place de l’inconscient qu’il n’y a pas.


[1] Cf. Miller J.-A., « UFORCA – Cinq remarques au cas présenté par Nathalie Crame », L’Hebdo-Blog, n° 276, 3 juillet 2022.