Hashtag Normalize normal bodies

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Normalize Normal Bodies, ce sont trois mots accompagnant des photos postées sur Instagram qui montrent des physiques de femmes, pour la plupart, exposant certains détails de leur anatomie – cellulite, acné, repousses de poils, vergetures, etc – dans le but de « déconstruire » les normes associées à la représentation du corps, « normaliser » les images en rupture avec les exigences liées aux critères de beauté et véhiculées par la société.

Mik Zazon, fondatrice du hashtag #normalizenormalbodies, raconte son histoire dans un entretien pour le blog Shape.com, précisant plus particulièrement à quel moment de sa vie intervient la création de ces posts nommés ainsi sur Instagram. Il ne s’agissait pas, au départ, de fonder un mouvement mais cela relevait bien plus de la trouvaille personnelle, d’une solution singulière, reprise en masse par des instagrameuses et transformée ensuite en slogan à visée revendicatrice.

La jeune Mik Zazon, très sportive, se blesse. Le sport qui, jusque-là, avait réglé sa vie dans son rapport au corps et à la nourriture, doit être interrompu : « Je mangeais autant que lorsque je faisais encore du sport, donc les kilos n’arrêtaient pas de grimper », « j’ai rapidement commencé à avoir la sensation d’avoir perdu mon identité » [1]. Elle alterne alors des phases d’anorexie, de boulimie, d’orthorexie.

Mik Zazon témoigne d’un « light bulb moment » : un jour, alors qu’elle se soignait de ses troubles alimentaires, elle met un bikini « un peu trop serré » et elle a cette pensée sous forme de révélation : « Everything I believed in before entering eating disorder recovery was a scam. A lie. […] My body was NORMAL all along. So, I got my letterboard out and formed the words, normalize normal bodies on it and I posted it on social media. » [2]

C’est à ce moment-là qu’avec l’écriture de ces trois signifiants, quelque chose s’inscrit pour elle, le Normal lies devenant Normalize. Elle décrit ensuite comment cette appellation est devenu « virale » sur les réseaux sociaux, étant capable de rassembler nombre d’internautes sous un même étendard, car n’en excluant aucun : « Each post was a picket sign, and together, we are an army of women fighting to show ourselves […] And the best part of the community is that everyone is welcome. […] Within the #normalizenormalbodies movement no size, weight, gender, sex, color, and shape is excluded. » [3] Si le mouvement n’exclut personne, il touche, dans sa très grande majorité, des femmes. Femmes qui postent des photos de leur visage, de leur corps, de parties de leur corps, dans le but de rendre normale une image pouvant être considérée comme non désirable, dérangeante, en opposition avec les critères esthétiques promus et connus pour être ceux qui plaisent aux hommes. Mik Zazon, œuvrant en tant qu’influenceuse « Body-Positive », s’en fait ensuite une mission, se décrivant ainsi sur son blog : « I’m Mik ! Writer, speaker, and creator on a mission is to normalize normal bodies » [4].

Nous retrouvons des posts avec le hashtag créé par Mik Zazon traduit en français, « Normaliser les corps normaux », sur plusieurs pages Instagram telles que Leséclaireuses, Cestquilaboss, qui mettent en avant, entre autres, le Girl Power, s’attaquant à la domination du tout phallique. Christiane Alberti pointait dans son article pour Lacan Quotidien : « ce qui est nouveau, me semble-t-il, est que le féminisme en tant que discours s’est déplacé au niveau du corps même. […] c’est le corps lui-même qui devient le lieu de l’émancipation, le lieu du combat politique et même le corps en pièces détachées : les seins, la pilosité, le flux menstruel. […] se dénude progressivement ce qui du féminin peine à se loger dans le discours universel (toujours virilisant) » [5]. Alors, ce hashtag, devenu universel, ne produirait-il pas malgré lui, de la norme mâle ?

[1]Propos de Mik Zazon traduits en français, cités dans « The #NormalizeNormalBodies Movement Is Going Viral for All the Right Reasons », posté le 10 février 2020 sur le site Shape.com, citation originale : « I was eating the same as I was when I still played sports, so the pounds kept racking on », « Soon it started to feel like I’d lost my identity ».
[2] Blog de Mik Zazon, https://mikzazon.com/where-it-all-started-normalizenormalbodies/
[3]Mik Zazon citée sur le site Shape.com, op. cit.
[4] Blog de Mik Zazon, op. cit.
[5] Alberti C., « L’opinion lacanienne », Lacan Quotidien, n° 897, 26 novembre 2020, publication en ligne (www.lacanquotidien).