La pseudo-cause neuro et son destin

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De Jean-Pierre Changeux à Stanislas Dehaene, un demi-siècle plus tard, une voie s’est élargie et le discours neuro s’est radicalisé. Pour celui-ci, l’homme est davantage son cerveau que ce qu’il dit être. Ses synapses, ses neurotransmetteurs, comme sa pensée, ses sentiments, ses actions : rien n’échappe à cette subtile horlogerie, réduite à des mécanismes neurochimiques sans perte. La parole elle-même est à peine une propriété de l’homme quand elle est réduite à des signaux comparables à ceux émis par le système nerveux. Les formations de l’inconscient ne deviennent que des variations de la plasticité cérébrale. L’orientation neuro a généré des progrès thérapeutiques importants dans les disciplines neurologiques, mais un forçage s’opère quand il s’agit des symptômes psychiques qu’elle prétend traiter.

La détermination de l’acte, qu’il soit motivé ou non dans certains crimes n’obéit pas aux seules lois du neuro. L’aspiration de certains sujets à corriger l’erreur de la nature dont leur matériel génétique sexuel serait l’objet est un véritable défi à une conception neuro exclusive qui veut que nous soyons notre cerveau. Faire du neuro une causalité de l’humain rejoint le rêve dénoncé par Lacan dès 1946, de fabriquer des automates, des êtres manipulables par action sur leur cerveau plus que des parlêtres. Rêve que le capitalisme libéral entretient de faire fonctionner la machine neuronale, de l’Un sans l’Autre.

La prescription des psychotropes ou l’usage des différentes techniques de stimulation cérébrale fonctionnent très mal si le sujet dont le corps est affecté n’est pas pris en compte. Qu’un sujet soit rassuré par des examens neurologiques normaux ne le dispense pas dans les heures qui suivent de penser que la technique est passée à côté de ce qui le trouble. Son cerveau normal pour la médecine neurologique ne l’empêche pas d’en douter avec assiduité.

Pour la psychanalyse, le sujet ne perçoit sa visée que dans les effets de lalangue sur le corps, dans un rapport à l’Autre qui perturbe son existence mais lui en assure une part de vivant, non sans reste qui lui servira de cause, dont il pourra, à s’en donner les moyens, approcher un réel qui se distingue de l’imaginaire et du symbolique. Distinct assurément d’un tout neuro qui, sans parole et langage, ne produit qu’un pseudo-humain sans symptôme.