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Le sujet libre

Les modalités du lien social contemporain favorisent un individualisme tendu, la revendication d’une liberté sans limite, poussent à une autodétermination de soi, à une fixité de l’identité qui va à l’opposé du jeu souple des identifications. Ceci peut mener à l’inverse de ce qui est attendu ; à la souffrance de l’errance ou à une cruelle soumission à une main de fer. À l’horizon se pose la question de la folie, à propos de laquelle Lacan disait que « l’être de l’homme, non seulement ne peut être compris sans la folie, mais il ne serait pas l’être de l’homme s’il ne portait en lui la folie comme la limite de sa liberté [1] ».

Le garde-fou de la structure de discours donne le cadre inconscient, souple et inextensible, à partir duquel le sujet divisé joue sa partie, ignorant les signifiants-maîtres qui le déterminent, et l’objet qu’il est pour l’Autre. Le fantasme soutient ainsi la dialectique de son désir, et le programme de jouissance singulier qui vient compenser la perte initiale de jouissance. Défense du sujet, il répond et masque ce point de détresse, marque originaire du traumatisme de lalangue, que répercutent les signifiants de l’Idéal du moi prélevés sur l’Autre. Situé dans l’écart entre énoncé et énonciation, il est pour le parlêtre un filtre qui tamise les bruits de l’Autre réel et freine la jouissance de leur incorporation ; il est aussi une prison.

Lorsqu’il défaille, par son inertie, ou s’il ne se supporte pas du moins-phi de la castration, il n’assure plus la régulation de la jouissance par le principe de plaisir. La conséquence sur i(a) est lourde, le moi n’est plus supporté par un Idéal du moi articulé à la fonction paternelle. Il reste au sujet à se construire et à soutenir un ego, dont il témoignera dans un « Je suis ce que je dis », rigide et sans cesse à réaffirmer. En effet, la déperdition de jouissance phallique renforce toujours l’injonction surmoïque du « jouis ! », entraînant l’irruption d’une Autre jouissance peu enviable. Ainsi en est-il d’un large spectre qui va de la déprise du désir dans la dépression, jusqu’à l’assujettissement aveugle à la jouissance de l’Autre où le parlêtre est alors, corps et biens, offert à l’entière liberté de l’Autre.


[1] Lacan J., « Propos sur la causalité psychique », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 151.