Non-binaire

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Que ce soit dans l’intimité des cabinets, ou dans le sociel [1], nous n’en finissons pas d’observer les mutations contemporaines et leurs effets sur les parlêtres. De ces changements, il en a déjà été largement question dans les nombreuses contributions de grande qualité qui ont été publiées dans LOM de la semaine, qui affluent encore et nous permettent de nous orienter.  

Cette semaine, Véronique Pannetier constate qu’avec l’effacement du phallus, de nouveaux semblants font irruption sur la scène. Si la mascarade témoigne d’une certaine souplesse, nous assistons actuellement plutôt à une « une rigidification des postures qu’à un assouplissement des positions : c’est le masque côté grimace qui s’impose ». [2]

Cette rigidité n’est probablement pas sans lien avec les structures du langage. Lacan le rappellera à maintes reprises : un homme, une femme, ce sont des signifiants. Mais ça n’est pas le fin mot de l’histoire : « Des hommes et des femmes, c’est réel. Mais nous ne sommes pas capables d’articuler dans lalangue la moindre chose qui ait le moindre rapport avec ce réel. » [3] La logique binaire du signifiant ne recouvre pas ce réel du sexuel des êtres parlants. Miquel Bassols précise que cette machinerie, qui repose sur la différence entre ses éléments, « n’explique que la partie représentable de la sexualité, ce qu’on appelle aujourd’hui « le genre ». Cela explique la danse des masques, mais ne peut rien dire de la musique et de la partition avec laquelle la danse évolue » [4]. Il y a deux différences qui n’obéissent pas à la même logique : celle, relative et binaire du signifiant, et une différence absolue « qui n’est plus la différence de l’Un avec l’Autre, quels qu’ils soient : nous entrons plutôt dans le champ de l’Un… sans l’Autre […] C’est la jouissance du corps, la sexualité même. » [5]

Face à la prolifération des nouveaux masques, un recentrage est nécessaire pour qui veut s’y retrouver. La sexuation lacanienne transperce la logique binaire, ce qui implique notamment une complexification de ladite « condition masculine ». S’appuyant sur des travaux récents de Nathalie Jaudel et Marie-Hélène Brousse, Gustavo Freda se saisit de l’invitation lancée aux hommes à se mettre au travail « pour essayer de comprendre et de témoigner de ce qui pourrait être pour eux une jouissance autre que la jouissance phallique, une jouissance supplémentaire, féminine, dont l’accès […] ne leur est pas interdit » [6]. L’auteur y répond en nous entraînant dans une enquête entre hagiographie et anatomie.

Enfin, après la grimace, le sourire d’un LOM d’exception, Juan Gabriel, artiste hors catégories qui se joue des semblants : « son non-refus du féminin, indique Cristóbal Farriol, n’implique point un rejet du masculin, sans pour autant être dupe de ses impostures » [7]. Et tout le monde crie : « encore » !

[1] Miller J.- A., « Une fantaisie », Mental, n°15, février 2005, p. 11.
[2] Texte de Véronique Pannetier, à lire dans ce numéro de LOM.
[3] Lacan J. Je parle aux murs, Paris, Seuil, 2011, p. 61.
[4] Bassols M. « La différence des sexes n’existe pas dans l’inconscient », Lacan Quotidien, n°905, 22 décembre 2020, publication en ligne (www.lacanquotidien.fr), p. 5. 
[5] Ibid., pp. 5-6.
[6] Texte de Gustavo Freda, à lire dans ce numéro de LOM
[7] Texte de Cristóbal Farriol, à lire dans ce numéro de LOM.