AccueilHÉROÏNES et HÉROSHamlet : renouer avec le désir

Hamlet : renouer avec le désir

Il ne suffit pas qu’un corps organique pulse pour être vivant. Encore faut-il que s’y accroche un désir. Il arrive que celui-ci s’estompe, voire s’efface. Le personnage shakespearien Hamlet en témoigne tout du long de la tragédie éponyme : en panne dans son désir, il connaît un moment de vacillement subjectif, un désordre affleure, qui a des conséquences sur son sentiment de la vie.

Évanouissement du désir

La tragédie du Prince s’ouvre sur le retour de son père, mort dans des circonstances mystérieuses. Il revient sous les traits d’un fantôme afin de révéler à son fils les conditions de sa mort : son frère Claudius l’a empoisonné – cela déchire la trame de la vérité. Le fantôme somme son fils de le venger. Dans ce face à face, tout est su, rien n’est voilé. Il n’y a plus de garantie. Cela touche profondément Hamlet en son fantasme, son désir est mis en suspens. Cette vérité en trop le plonge dans une incapacité à agir, à accomplir sa vengeance. Il y parvient néanmoins au terme d’un long parcours dans lequel Ophélie, femme aimée, puis rejetée, joue un rôle essentiel. Retrouver son désir va permettre à Hamlet de renouer avec le sentiment de la vie, comment ?

Retrouver l’objet de son désir

Vers la fin de la pièce, Hamlet arrive aux obsèques d’Ophélie qui, tourmentée et éconduite, s’est suicidée. Laërte, le frère de celle-ci, hurle sa peine. Le Prince ne le supporte pas. Ce spectacle de la douleur véritable de Laërte amène Hamlet à s’identifier. Il peut dès lors clamer son amour pour Ophélie, empoigner son rival au fond de la tombe et, alors qu’il est depuis le début inhibé en son acte, il se sent capable de tuer, après avoir crié son nom : « C’est moi, Hamlet le Danois1 ».

La rencontre avec l’objet impossible permet un nouvel accès au désir : « c’est dans la mesure où Ophélie est devenue un objet impossible qu’elle redevient l’objet de son désir2 ». Réveil ! Le héros retrouve une respiration, une fulgurance de vie, le temps de vivre encore, un instant, aux portes du mourir – Hamlet s’avance vers un combat qu’il sait truqué. Pour l’heure, l’objet a est reconquis via l’identification à la souffrance de l’autre et la voie du manque, du creux où Ophélie, comme objet, reprend sa place de « leurre de l’être3 ». Hamlet « retrouv[e] […] son désir dans sa totalité4 », et donc la possibilité de pouvoir agir, après avoir musardé et procrastiné.

1 Shakespeare W., Hamlet, acte V, scène 1.

2 Lacan J., Le Séminaire, livre VI, Le Désir et son interprétation, texte établi par J.-A. Miller, Paris, La Martinière & Le Champ freudien, 2013, p. 396.

3 Cf. ibid., p. 370 : « ce véritable leurre de l’être qu’est l’objet du désir humain ».

4 Ibid., p. 318.

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