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Écrire et filmer la vie, avec Almodóvar

Raúl, cinéaste en crise, n’écrit plus de scénario et ne tourne plus de films depuis cinq ans. En perte d’inspiration, en manque de souffle, il ne survit que par ce qu’il a créé par le passé. C’est dans une mise en abyme élaborée et au travers d’images et de plans enchevêtrés, qu’Almodóvar fait saillir dans Autofiction, son dernier film, les affres de ce qu’un auteur rencontre dans le vide de mots et d’images pour raconter et filmer une histoire.

Écrire les tourments de l’autre
Ce qui sort Raúl de sa torpeur est le fait d’écrire en attrapant les tourments de ses proches. Il raconte la vie d’une autre scénariste, Elsa, qui a perdu sa mère et qui souffre de migraines – une alter ego. On la voit évoluer avec Beau (Bonifacio), compagnon aux petits soins, dont la rencontre se fait sous des auspices très charnels. Elsa a deux amies qu’elle s’évertue à vouloir sauver d’elles-mêmes, à leur corps défendant. Leur vouloir du bien se conjugue à une mainmise sur leur désir propre. Ça rate, mais Elsa finit par en tirer la substance de son scénario.
Les histoires se superposent, et c’est par ce jeu subtile de séquences mêlées que la question de la création est finement traitée. L’on voit Raúl écrire Elsa, avec des plans qui s’arrêtent quand la propre vie de l’auteur le rattrape. C’est saisissant.
Raúl et Elsa se nourrissent des drames de leurs proches pour assouvir leur désir d’écriture et pallier le vide de leurs existences. Santi, qui aime Raúl, se retrouve dans le personnage de Beau, qui aime Elsa. « Que va-t-il devenir ce personnage ? », interroge Santi. La demande d’amour s’entend. Raúl l’élude et tranche : « Je dois l’écrire pour le savoir. » Almodóvar indique dans un entretien accordé aux Cahiers du cinéma que c’est la seule réponse possible quand on écrit[1].

En-vie
C’est à la source de la palpitation du sentiment de la vie chez l’autre, qu’Elsa–Raúl–Almodóvar puisent leurs propres ressentis du vivant, sous le mode d’une possession/dépossession de l’Autre, de ce qu’il vit et ressent pour s’en nourrir. Cela a lieu dans une visée très singulière, celle de l’écriture cinématographique : une lettre vouée à se transposer en image. L’agente de Raúl, Monicá, interprète son ami de manière incisive et percutante, en pointant et sa vanité et son égocentrisme. Raúl finit seul, mais son scénario le rend à nouveau palpitant et en-vie.


[1] Cf. Almodóvar P., « Fureur et mystère », entretien, Cahiers du cinéma, n°831, mai 2026, p. 22.

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