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Du trait à la ligne de vie

Le film The Lines That Define Me[1] met en scène Sousuke, jeune homme figé dans la culpabilité et dans un deuil impossible, celui de ses parents et de sa sœur, morts accidentellement. C’est lors d’une exposition à laquelle il se rend que, las de vivre, il découvre le sumi-e, cet art traditionnel japonais. Son regard s’arrête longuement sur une œuvre à l’encre : Camélias. Il en est profondément affecté. Songeons à ces mots de Lacan : « Mais quel est-il, le désir qui se prend, qui se fixe dans le tableau ? – mais qui, aussi bien, le motive à pousser l’artiste à mettre quelque chose, et quoi, en œuvre ?[2] » À l’écart, le maître Kozan l’aperçoit et, à la grande surprise de Sousuke, lui propose de devenir son assistant.

D’un seul trait
Dans un premier temps, Sousuke, capturé par une image qu’il pense parfaite, s’épuise à chercher le trait parfait.
Dans le sumi-e, un trait ne peut se reprendre d’aucune façon. Sousuke se confronte alors à ce qui fait trou dans cette image, le réel de sa main qui tremble, le papier qui absorbe l’encre d’une manière imprévisible. Il se décourage. Kozan, qui incarne l’Autre du savoir, garant de la loi du geste, est celui qui, par son désir, sort Sousuke de ce deuil multiple. Ce dernier cesse alors de répéter l’échec du geste mortifère, poussé à rejoindre une chaîne de transmission, où son geste s’inscrit dans une tradition.

Ligne de vie
Sousuke découvre que cet art n’est pas celui d’un geste parfait et maîtrisé, mais la rencontre avec ce qui, dans le geste, ne peut pas être maîtrisé. Laissant de côté l’idéal, il se confronte à sa limite, à son imperfection.
Se réalise alors sur le papier ce trait qui découpe le blanc, institue une forme et laisse un reste. Dans le blanc du papier, Sousuke découvre la trace du manque. Le geste du sumi-e ne peut partir que du silence. Il est un instant, une coupure dans le temps, un événement, un surgissement. Il institue un avant et un après, sans retour possible. 
En passant de la perte au manque, Sousuke renoue avec un élan de vivre et dans le geste vivant du trait, il se définit… in the lines.


[1] Koizumi N., The Lines That Define me, film, Japon, 2022.
[2] Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 86.

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