Durant l’année 2023, Edi Dubien réalise six expositions dont celle accueillie au Centre Pompidou à Paris : Les Métamorphoses d’Edi Dubien. C’est le «trajet d’un regard» sur lui-même enfant, une «réappropriation» de son identité. Ce trajet n’aurait pu se faire sans une psychanalyse qui lui a donné le goût des mots et du bien-dire [1].
Transition
E. Dubien, né fille, dit s’être toujours vécu en tant que garçon. Son existence est insupportable au père, dont la volonté de destruction est omniprésente. Ses seuls souvenirs d’enfance heureux sont ceux de ses séjours en Auvergne auprès des grands-parents paternels qui le laissent libre d’être comme un garçon, à courir dans la nature. Sa grand-mère l’appelle un jour «Mon petit chéri», ce qui produit un bouleversement fondamental dans son rapport à la vie. Changer de sexe est dans l’ordre des choses. En 2017, il obtient son changement de genre auprès de l’État civil. Sa transition le rend plus libre dans sa création, souligne-t-il. Il s’amuse avec les codes, fait des liens entre la nature et sa propre transition.
Le fluide de la naissance
Son travail porte sur un «monde qui transitionne, qui se déconstruit en même temps qu’il réapparaît [2]». Le fluide (les pleurs des garçons, l’aquarelle) est lié «à un état naissant, une émotion [3]». Par son art, l’artiste produit un «regard neuf et positif [4]» sur le monde en constante mutation, le saisissant par ses apparitions plutôt que ses disparitions.
Travail par séquence
E. Dubien travaille à partir de photos en noir et blanc (photos d’enfants durant la guerre). Des pensées lui viennent et son retranscrites instantanément. Cela forme une phrase, une émotion qui accompagnent sa prochaine exposition : «C’est une archéologie du moment. Mon travail se fait par séquence.» Tout est ensuite retraduit en peinture, avec sincérité. En effet, ses toiles ont à voir avec l’essentiel de la vie, l’universel. C’est ce qu’il vise avec son art : toucher le public en suscitant une émotion, produire en lui une humanité.
La transition, la mutation touchent au réel pour E. Dubien. L’usage qu’il en a par le biais de son art transforme la destruction en naissance ; l’oppression en une force et un combat pour la nature, l’enfance ; la répression en une résistance. Ainsi dit-il «pratiquer la vie».
[1] Cf. Dubien E., « Edi Dubien, poétique de l’infinie tendresse », entretien avec L. Adler, émission L’Heure bleue, France Cuture, 23 mars 2023, disponible sur internet.
[2] Dubien E., « L’atelier A – Entrez dans l’atelier d’un artiste », Arte, 16 janvier 2019, disponible sur internet.
[3] Dubien E., « Edi Dubien, poétique de l’infinie tendresse », op. cit.
[4] Dubien E., « L’atelier A – Entrez dans l’atelier de l’artiste », op. cit.




