« Extension of me, the camera ».
« Une extension de moi : la caméra »
Nan Goldin
Au printemps 2026, l’exposition de Nan Goldin This Will Not End Well, à Paris, tourne autour d’un fait qui peut étonner : les photographies qui l’ont rendue célèbre représentent pour elle un effort en direction du cinéma, de l’image animée. Comment peut-on lire cette tension présente chez N. Goldin ?
Ses œuvres, entre témoignage vivant et épitaphe posthume, constituent une tentative de saisir la vie à travers l’image, une vie toujours à la limite, au bord de la mort ou de l’extase, la vie des consommateurs de drogues, ou celle de la communauté trans. Chez N. Goldin, la vie est toujours nue jusqu’à la vulnérabilité extrême. Elle compare pourtant la photographie à « une forme de rapport sexuel protégé », « une manière de parler aux gens et d’entrer en contact avec eux »[1]. La médiation, la protection résident pour elle dans la photographie elle-même.
Une photo seule n’est jamais suffisante : N. Goldin fait de la série son médium. Ses films sont souvent composés des mêmes photos, montées et remontrées différemment, tels des amas d’éléments dont chacun porte une valeur intime. Ainsi ces images ont-elles quelque chose du statut de la lettre : on ne sait pas ce qui, pour elle, se joue dans ces images qu’elle déplace d’un film à l’autre. Par ce montage, une écriture a lieu. La série, chez Goldin, ne connaît pas de point d’arrêt, comme sa propre vie, qui se maintient malgré les innombrables risques de mort qu’elle a rencontrés. Chacun de ses films semble pouvoir se prolonger indéfiniment. La mise en série de photos qui peuvent parfois choquer produit un effet d’atténuation du choc, et donc un sentiment de perte. Est-ce là le moteur de son procédé photographique ? N. Goldin cherche à nouer un sentiment de la vie via son travail de la photo : « Mon appareil photo m’a sauvé la vie. Il a rendu supportables des choses qui paraissaient insupportables.[2] »
[1] Goldin N., cité par A. Chrisafis, in « My camera has saved my life », The Guardian, 22 mai 2008, disponible en ligne : « a form of safe sex », « a way to talk to people and make contact ».
[2] Cf. ibid. : « My camera has saved my life. It’s made bearable things that feel unbearable. »



