Michael Jackson a huit ans lorsqu’il est propulsé dans le monde du show-business en devenant le leader des Jackson Five : « Je me souviens seulement que je chantais de tout mon cœur, avec ma voix la plus aigüe, que je dansais avec la plus grande joie et que je travaillais trop pour mon âge1 ». Le chant et la danse ont très tôt été déterminants pour cet artiste, se situant au joint le plus intime du sentiment de la vie.
En effet, adulte, le jeune Michael cherche à se démarquer des dictats paternels et du moule de l’industrie Motown pour créer ce qu’il appelle son « propre style2 ». Il redéfinit les canons de la musique pop et rend célèbre un pas de breakdance qu’il découvre sur les trottoirs des ghettos. Sur scène, il s’en empare jusqu’à dit-il : « en tomber raide mort de fatigue3 ». Il révolutionne le format du vidéoclip – pensons à Thriller – avec la même détermination frénétique : « Je suis un fanatique de la fantaisie ». Voué à son art, obnubilé par l’idée de perfection, il devient le « Roi de la pop ». Muni d’un blouson rouge ou encore d’un Fedora noir, d’une veste scintillante et d’un gant blanc à paillette, il crée « le bel habit de mode, stylé, [qui] permet à la jouissance d’un corps de susciter le désir chez ses admirateurs, un désir de style, potentiellement addictif, mais vivifiant4 ». Néanmoins, la traversée du miroir n’est jamais très loin.
Jackson perçoit sa vie comme « le reflet de ces labyrinthes de miroirs qu’on trouve dans les foires : je suis trop gros d’un côté, et trop maigre de l’autre, au point de disparaître à l’endroit où les deux images se rejoignent5 ». Il témoigne ainsi du surgissement d’un certain « rapport d’étrangeté au cœur du plus familier6 », ce que Freud nomme Unheimlichkeit. Sa carrière est alors marquée par moult transformations physiques. Tel le héros tragique « qui succombe en se débattant vainement face au destin que le signifiant lui réserve7 », Michael Jackson devient « Wacko Jacko », Jacko le barjo ; le déchet de l’industrie du spectacle, jusqu’à en succomber. La vie de cet artiste nous enseigne que le sentiment de la vie se rythme toujours au son des deux faces de l’objet plus-de-jouir.
1 Jackson M., Moonwalk, Paris, Michel Lafon, 2009, p. 6.
2 Ibid., p. 9.
3 Ibid., p. 184.
4 Roy D., « Argument », Blog des J56, disponible sur internet.
5 Jackson M., Moonwalk, op. cit., p. 163-164.
6 Roy D., « Argument », op.cit.
7 Hellebois P., « Héroïnes et héros », Blog des J56, disponible sur internet.



