Paris ne compte aujourd’hui ni rue ni place portant le nom de Robespierre. Les voies baptisées de son nom en 1946 furent rebaptisées en 1950. Bref honneur. Une statue de Danton se dresse, elle, au carrefour de l’Odéon depuis 1891, et Thiers, massacreur de la Commune, a sa rue. À Paris, l’Incorruptible ne bénéficie pas des honneurs de la République qu’il a tant défendue. Pourquoi son nom demeure-t-il effacé de la capitale jacobine ?
Jacques-Alain Miller fait de Robespierre « l’incarnation de l’Autre impitoyable mais sous la figure la plus désintéressée1 » tout entier au service de la cause révolutionnaire. Le 8 thermidor, deux jours avant son exécution, Robespierre affirme consentir au sacrifice de son existence et se dit prêt à mourir pour la vérité et pour son pays. Il réclame la punition des « traîtres » et l’épuration des comités. Les accusations qu’il profère et la crainte de nouvelles proscriptions favorisent la coalition de ses adversaires et de ses anciens alliés. Son intransigeance contribue à sa chute.
Guillotiné sans procès, Robespierre est enseveli dans une fosse commune afin d’empêcher que sa tombe ne devienne un lieu de commémoration : comme Polynice, il doit rester « privé de regrets, privé de sépulture2 ». Même mort, Robespierre inquiète.
Les thermidoriens s’emploient alors à diffamer sa mémoire. Ils désignent Robespierre comme un tyran sanguinaire responsable des violences de l’an II. Il devient le visage de la Terreur. La légende noire thermidorienne voue son nom à l’infamie et elle persiste encore aujourd’hui dans les manuels d’histoire. Cet acharnement contre son nom, par-delà la mort, l’inscrit dans le registre lacanien du héros tragique.
J.-A. Miller répond à cet « assassinat posthume3 » en faisant de Robespierre la figure de l’homme honni. Sur ce point, il le rapproche de Lacan et décide de relever le nom proscrit et de lui rester fidèle. Comme celui de Lacan, le nom de Robespierre est devenu « ineffaçable, précisément parce qu’il avait fait l’objet d’une tentative d’effacement4 ».
- Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Tout le monde est fou », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université de Paris 8, leçon du 12 décembre 2007, inédit. ↩︎
- Sophocle, Antigone, trad. N. Artaud, dans Tragédies de Sophocle, Paris, Charpentier, 1859, p. 281. ↩︎
- Massin J., Robespierre, Aix-en-Provence, Alinéa, 1988, p. 4. ↩︎
- Miller J.-A., librairie Mollat, Bordeaux, 10 septembre 2011, 32 min 31 s-32 min 39 s, vidéo en ligne. ↩︎




