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La science et l’acte sexuel

Télévision, automobile et autres : dans ces appareils, produits par la science, Lacan voyait la marque du déchet, comparable au « sort de l’être humain1 ». De nos jours, les gadgets sont appareillés au corps, devenant plus que jamais des objets a. La science technologique a monstrueusement augmenté la portée de la voix et du regard, jusqu’à rendre inutile la présence des corps, accélérant du même coup la dilution de la puissance des mots, tout ceci grâce au numérique. Au moment où la parole est avalée dans la communication, la pulsion sexuelle est, elle, décorrélée du corps de l’autre, partialisée, au moyen de toutes sortes d’appareils, l’effet hypnotique de la voix et du regard venant, avec cette technologie, masquer, transitoirement, la solitude des sujets. 

Le désir en subit une défalcation majeure, celle de la subjectivation du manque-à-être (-φ), rabattu sur le manque à avoir, au principe d’une consommation toujours plus effrénée. Défalcation qui produit sa déflation, sa dé-pression. Dans l’acte du couple sexuel, la castration au principe du désir implique sa « mutualisation », selon le schéma de Lacan dans le Séminaire L’Angoisse2, puis dans celui du Séminaire La Logique du fantasme3. Or, comme il le précise dès les années 1970, les discours de la science et du capitalisme « laisse[nt] de côté » la castration et surtout « les choses de l’amour4 ». Il en résulte qu’aujourd’hui nous sommes confrontés à une expansion de la jouissance solitaire et addictive qui fait couple avec le gadget. Un documentaire sur la chaîne parlementaire Public Sénat, sur l’industrie de reconfiguration des water-closets au Japon, pays qui est aussi le premier marché de la poupée et du robot sexuels, en donne un exemple.

Ces pratiques indiquent le rejet de la relation sexuelle et sexuée intersubjective, dès lors surannée. Les lieux du corps, concentrant une jouissance élective, sont pratiqués isolément, selon un choix désormais assumé du sujet. Ainsi en est-il du clitoris pour une femme, avec le womanizer, un sex-toy aujourd’hui mis à l’honneur par les médias. Dès lors nous n’avons plus affaire à un acte, comme Lacan pouvait le dire de l’acte sexuel, mais plutôt à une pratique qui se rapprocherait du mécanisme stimulus-réponse, où le fantasme serait la dernière accroche subjective, dans le rejet de toute présence. Un rapport au désir qui, s’il fait le lit « au sentiment aussi d’être exclu de la relation au semblable », pourrait engager « le sentiment de la vie5 ».


  1. Lacan J., « Le phénomène lacanien », Cahiers cliniques de Nice, n°1, juin 1998, p. 12. ↩︎
  2. Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’Angoisse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2004, p. 310. ↩︎
  3. Lacan J., Le Séminaire, livre XIV, La Logique du fantasme, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2023, p. 209-210 & 231. ↩︎
  4. Lacan J., Je parle aux murs, Paris, Seuil, 2011, p. 96. ↩︎
  5. Miller J.-A., « Sur le Gide de Lacan », La Cause freudienne, n°25, septembre 1993, p. 28. ↩︎

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