AccueilGOÛT de VIVRESouvenez-vous de… Houellebecq

Souvenez-vous de… Houellebecq

Une grande partie de l’œuvre de Michel Houellebecq est une variation sur le thème du sentiment de la vie. Il s’agit aussi d’une exploration de la poursuite de cette dernière quand il est perdu ou altéré, et qu’il ne se réduit alors qu’à un lointain souvenir pour laisser place à « l’épuisement vital1 ».

La nostalgie du goût de la vie

Prenons Extension du domaine de la lutte, dont le sous-titre aurait pu être Souvenez-vous du goût de la vie. Le narrateur y dit : « Il y a eu des moments où vous aviez une vie. Certes, vous ne vous en souvenez plus très bien […]. Comme votre appétit de vivre était grand, alors !2 » Il n’est pas tant question de dégoût de la vie que d’une certaine nostalgie de son goût perdu. La question est alors de savoir comment « s’installer durablement dans une vie absente3 ».
Le tournant du récit a lieu suite au spectacle consternant de l’un de ses collègues qui ne parvient pas à faire des rencontres dans une boîte de nuit et qui est définitivement condamné à la masturbation solitaire. Le narrateur saisit que dans toute tentative de se revivifier par la jouissance sexuelle débridée, il y a un refus de la perte inhérente à la jouissance perdue. Ce qui ramène l’humain à la solitude de l’Un-tout-seul.

L’amour salvateur

La spirale infernale de la chute s’enchaîne alors avec des passages à l’acte, un discours de plus en plus cru, et une hospitalisation durant laquelle le narrateur, après une description détaillée de l’errance du non-dupe, comprend que seul l’amour est salvateur et son absence, destructrice.
Cette thèse du salut par l’amour est récurrente chez Houellebecq4. Pourtant, selon le narrateur, l’amour n’est parfois plus possible quand il a été miné par un excès de « vagabondage sexuel5 ».
À sa sortie d’hospitalisation, lors d’un voyage pathologique, le personnage tente de fusionner avec la nature dans une ultime expérience du sentiment de la vie. Le sentiment océanique qu’il espérait éprouver, comme ultime délivrance subjective, ne survient pas.
En somme, Houellebecq écrit sur l’errance du non-dupe qui sait que le rapport sexuel n’existe pas et qu’il n’existe que des corps jouissants et vivants. Dès lors, quand les corps sont frustrés du fait du système capitaliste concurrentiel et que l’amour n’advient pas, comment vivre ?


  1. Houellebecq M., Extension du domaine de la lutte, Paris, J’ai lu, 1994, p. 13. ↩︎
  2. Ibid., p. 32. ↩︎
  3. Ibid., p. 48. ↩︎
  4. Cf. notamment Houellebecq M., entretien avec L. Salamé, émission Quelle époque !, 7 mars 2026, disponible sur internet. ↩︎
  5. Houellebecq M., Extension du domaine de la lutte, op. cit., p. 114. ↩︎
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